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Paroles sur la peinture
Interview réalisée à Paris le 26 et 27 février 2005
Par Philippe Villaume et Pascal Bordenave
Retranscrit par Thierry Danse et Lorita Addabbo
(extraits) P. B. : Mauro, l'année 1998-99 c'est l'année de la rupture… Tu décides de casser en quelque sorte les murs de ta chambre, et tu te lances dans les paysages. Plus précisément des éléments du paysage comme la mer, la montagne, l'arbre. Pourquoi ce changement ?
M. B. : Pendant cinq ans je n'avais réalisé que des chambres à coucher, et je sentais que j'avais suffisamment exploré ce thème. J'ai voulu changer d'une façon assez radicale. J'ai donc abandonné ces sujets assez structurés au point de vue de la perspective et du traitement de l'espace, pour des sujets naturels, traditionnels, dépourvus de perspective et posés sur une structure simple : sujet/fond. Ce qui m'a intéressé était de ne plus parler du vécu humain, mais des éléments de la nature qui ont inspiré l'homme. C'était fascinant, pour moi, de travailler sur ces sujets parce qu'ils recèlent des questions que l'on se pose depuis des millénaires. La montagne, par exemple, est un sujet qui a traversé toute l'histoire de la peinture, un symbole de rencontre entre l'homme et Dieu ; ce sujet se retrouve dans la bible, certainement, mais cela me fait penser aussi aux pyramides égyptiennes, au mont Fuji au Japon, aux Mayas… Tous les peuples ont des montagnes sacrées, ou des constructions qui reproduisent la forme de la montagne. Ce sont des lieux où se retirent les ermites pour rencontrer Dieu, pour trouver la sagesse…
P. B. : Un homme debout, un arbre, une montagne… il y a une récurrence d'éléments verticaux… Leur attribues-tu une signification précise ?
M. B. : De mes « montagnes », je ne montre que le sommet, on ne voit jamais la base. Il en est de même pour les arbres, c'est le point où se rencontrent le ciel et la terre. Ce que je voulais montrer dans cette série de tableaux, c'est le conflit entre la dimension terrestre, matérielle, et le besoin de transcendance, de spiritualité, et je trouve que l'élément vertical sert bien ce sujet.
P. B. : Parmi tes tableaux, « Cielo stellato » (ciel étoilé) me semble un des plus radicaux, dans le sens où l'on s'éloigne le plus des repères de la figuration. Quelles furent les motivations qui t'ont poussé à réaliser ce nocturne, et quel est le lien que tu entretiens avec la tradition du nocturne dans l'art? Il y a peut-être quelque relation avec le maniérisme auquel tu fais souvent référence ?
M. B. : Le maniérisme, et en particulier les artistes vénitiens, comme le Titien, le Tintoret, que j'ai longtemps étudié, a toujours été pour moi un point de repère. Ce qui m'a particulièrement attiré dans le maniérisme, c'était la mise en scène théâtrale, qui permet à l'observateur d'être enveloppé par le tableau.
En ce qui concerne le tableau « Ciel étoilé », je l'ai réalisé avec l'intention de créer une œuvre « contemplative », dans laquelle l'on puisse se perdre.
P. B. : De manière plus générale, quelle relation entretiens-tu avec la tradition picturale et les différents genres?
M. B. : C'est un lien d'affection, de reconnaissance. Je crois que c'est quand même toujours un défi attirant de se confronter aux grands artistes, et d'une certaine façon, chacun le fait à sa manière. Je n'ai pas approché ces thématiques pour suivre les chemins d'autres artistes, mais parce que cela correspondait à mon propre parcours. J'ai tiré enseignement de nombreux artistes : certains du passé comme le Titien et le Tintoret dont j'ai déjà parlé, mais aussi Goya et Rembrandt. Parmi les artistes du 20 ème siècle que je pourrais citer, il y aurait Soutine, Sironi, Kiefer… Soutine, en particulier, qui est certainement mon artiste préféré au siècle dernier. |