mauro bordin
peintre

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2004-05 Ruines
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Interview réalisée à Paris le 26 et 27 février 2005
Par Philippe Villaume et Pascal Bordenave
Retranscrit par Thierry Danse et Lorita Addabbo

(extraits)

P. B. : Mauro, le thème de la crucifixion est un genre pictural à part entière que certains artistes contemporains continuent d'explorer. Comment définirais-tu ton approche personnelle du sujet ?
M. B. : Ce thème m'a toujours attiré, à la fois pour ses implications morales mais aussi parce qu'il permet de me confronter à « l'histoire de l'art ». Ce qui m'intéressait surtout, c'était le thème de l'individu différent et incompris qui subit le martyr du fait de cette différence. Le Christ crucifié c'est l'emblème d'un homme seul, injustement condamné par son peuple. Un homme qui n'accepte pas les lois de sa société et par conséquent ne parvient pas à y trouver sa place. Mais c'était aussi un individu avec une énergie énorme prêt à sacrifier sa propre vie au nom de ses idées.

P. B. : On pourrait voir un parallèle entre la figure du Christ et celle de l'artiste, personne différente et un peu en marge de la société ?
M. B. : C'est possible. Il est vrai que la figure du Christ est celle d'une personne à la fois subversive et créative, figure dans laquelle un artiste peut donc légitimement se reconnaître.
D'une certaine façon, comme cela a déjà été le cas avec la série des montagnes et des arbres, le Christ crucifié est un symbole. De nombreuses personnes ont un crucifix à la maison, mais combien pensent, en le regardant, qu'il s'agit de la représentation d'un mort ? Le Christ représente la rencontre entre la dimension physique, l'homme, et la dimension divine. La crucifixion est le moment du passage entre la vie et la mort, et, pour les chrétiens, entre la dimension terrestre et céleste. C'est n'est pas un hasard à mon sens que la scène de cet événement soit une montagne…
S'il y a une limite dans cette série de tableaux, c'est que le sujet manque un peu de nuances sans qu'il soit vraiment possible de l'aborder différemment. La crucifixion, c'est le tragique, la solitude, la tristesse. A mon avis le Christ crucifié est comme un miroir, le miroir de notre corps, qui se défait, qui vieillit…
L'on peut dire que j'ai cherché à « fixer » ce moment.