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Perdus sur une île lointaine à la merci d’un destin cruel


Theatre Rutebeuf

16/18 Allée Léon Gambetta, 92110 Clichy

Vernissage Mardi 14 mai 2019, 19h00-22h00

19:15 - Concert d’opéra (Verdi) par Marie-Aimée DURANSON

exposition du 14 mai au 02 juin tous les jours de 15h à 20h

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2018, oil on canvas, 210x330 cm
 
2018, oil on canvas, 210x330 cm
 

Après plusieurs séries ayant pour thème le chaos et la folie destructrice des hommes (Progetto Hiroshima, 2001-2003 ; No Man’s Land, 2002-2005 ; Bombs, 2015 à aujourd’hui), Mauro Bordin poursuit ses recherches plastiques avec un nouvelle exposition sur le thème du naufrage. Mais de quel naufrage parle-t-on ? S’agit-il de celui de nos sociétés contemporaines engagées dans une fuite toujours plus en avant vers un profit à court terme ? Ou doit-on l’entendre au sens propre, celui d’un bateau qui coule et qui rejette ses occupants à la mer ou sur une île déserte ? Libre au spectateur de s’en faire une idée. Le titre de l’exposition Perdus sur une île lointaine à la merci d’un destin cruel est directement inspiré du film de Lina Vertmüller, Travolti da un insolito destino nell’azzurro mare di agosto (traduit en français par Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l’été , 1974) et d’une chanson de Paolo Conte, Onda su onda dont les paroles évoquent la dérive « …il mare mi porterà, alla deriva, in balia di una sorte bizzarra e cattiva… » (…la mer m’emportera, à la dérive, à la merci d’un destin étrange et mauvais…). Le naufrage fait aussi tristement écho à notre actualité. Impossible de ne pas penser aux drames humains qui se jouent quotidiennement depuis plusieurs années en Méditerranée. Sur des embarcations de fortune se pressent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants en quête d’un ailleurs inconnu pensé radieux. La fuite et la perte… Au-delà de cette interprétation subjective de l’exposition, l’on pense aux nombreuses représentations de naufrages en histoire de l’art. En premier lieu, nous vient à l’esprit le Radeau de la Méduse (1818-1819) de Théodore Géricault du nom de ce navire français affrété pour l’acheminement de matériel administratif aux comptoirs du Sénégal. Le naufrage incarne l’inconnu qui nous attend et que nous devons dès lors affronter. Nulle aide possible ni échappatoire, le destin en décide ainsi. L’homme se retrouve face à lui-même et doit alors allier force mentale et physique tout en entreprenant une quête intérieure pour se « sortir de là ». Pour survivre, l’homme doit faire un cheminement solitaire que l’on pourrait même qualifier d’initiatique qui aboutira à une renaissance. Les œuvres de l’exposition sont de grands formats (entre 1 et 3 mètres) dont l’artiste est habitué (pour rappel Progetto Hiroshima mesurait 2,5 mètres x 30 mètres), ce format permet un corps à corps direct et sans concession avec la peinture.

Military band, 2019, oil on canvas, 165x330 cm
 
working to Military band, 2019, oil on canvas, 165x330 cm
 

Héritier de la peinture d’Histoire, Mauro Bordin interpelle le spectateur par la construction même de ses compositions : maîtrise du dessin et de la couleur, empâtement de la peinture, précision des détails et toujours solitude du sujet dans un no man’s land. Si Mauro Bordin avoue souhaiter réaliser prochainement une Danse macabre, thème cher au Moyen-Âge, l’on pense aussi devant certaines toiles aux vanités ( Memento mori) qui rappelle l’homme à sa destinée irrémédiable de mortel. Loin de s’accaparer un sujet mortifère, l’artiste distille toujours l’espoir dans ses compositions, ainsi un squelette tient-il un portable non sans dérision, seul contact avec le monde des vivants (ou des non-naufragés) ou ce noyé dont les bras sortent de l’eau dont on a l’impression que la berge est proche.

Clotilde Scordia

Historienne de l’art

http://mauro-bordin.com